Premier tremplin en festival : six questions avant de monter sur scène

Premier tremplin en festival : six questions avant de monter sur scène

Le mail de l’organisateur est arrivé : votre groupe joue au tremplin du festival, samedi, en troisième position. Passé l’euphorie, il reste trois ou quatre répétitions pour transformer des morceaux qui tournent bien au local en un passage de scène qui tient debout. Sur un premier tremplin, ce qui fait trébucher tient rarement au niveau musical. Ce sont plutôt des questions pratiques laissées de côté jusqu’à la veille.

Combien de temps dure vraiment votre set ?

Demandez la durée exacte du créneau, et demandez si elle inclut l’installation et le démontage. Sur un tremplin, plusieurs groupes se succèdent sur la même scène et l’organisation tient l’horaire de près. Un groupe qui déborde risque de voir son dernier morceau sauter, ce qui est pire que de prévoir court.

Chronométrez ensuite votre set en répétition, du premier coup de baguette au dernier accord, pauses comprises. Les silences entre les morceaux, le temps de changer de guitare ou de boire une gorgée s’additionnent vite : sur six titres, ils peuvent représenter plusieurs minutes. Gardez un morceau de réserve en fin de liste, que vous jouerez seulement s’il reste du temps.

Vos morceaux tiennent-ils leur tempo quand le trac s’en mêle ?

Sur scène, l’adrénaline pousse à accélérer. Le morceau joué posément au local part plus vite, le batteur suit les guitares qui se précipitent, et le refrain qui respirait devient une course. Le public ne sait pas que c’est trop rapide, mais il sent que quelque chose se crispe.

La parade se prépare en répétition. Relevez le tempo de chaque morceau au moment où il sonne le mieux, en battements par minute, et notez-le sur la liste des titres. Pas besoin de matériel coûteux : avec un métronome et un accordeur en ligne, vous avez de quoi caler les tempos et vérifier l’accordage dès la prochaine séance, à condition de reporter les chiffres d’une répétition à l’autre. Le jour du concert, le batteur peut contrôler le tempo dans son oreillette ou sur un petit métronome posé près de la caisse claire avant de compter le départ.

Enchaînez aussi les morceaux comme le jour J, sans vous arrêter pour discuter. C’est la seule façon de savoir si le cinquième titre tient encore quand les bras commencent à fatiguer.

Qui s’accorde, quand, et avec quoi ?

Un groupe qui s’accorde entre chaque morceau perd le public. Un groupe qui ne s’accorde jamais finit faux au bout de vingt minutes, parce que les projecteurs chauffent la scène et que les cordes neuves se détendent. Il faut donc trancher avant : on s’accorde avant de monter, puis à un ou deux moments prévus dans le set, de préférence pendant qu’un autre membre du groupe parle au public.

Chaque guitariste et chaque bassiste a son accordeur, idéalement une pédale ou une pince qui ne capte pas le bruit du plateau. Et tout le monde se cale sur la même référence, un La à 440 Hz, sauf choix contraire assumé par le groupe entier. Si un clavier joue avec vous, vérifiez que son accordage n’a pas été modifié lors d’une session précédente.

Que contient votre fiche technique ?

L’équipe son du festival enchaîne plusieurs groupes, avec peu de temps pour chacun. La fiche technique lui évite de deviner. Elle tient sur une page et indique au moins :

  • la liste des instruments et des voix, avec le nombre de micros nécessaires ;
  • un plan de scène qui montre qui se trouve où ;
  • les besoins en retours, c’est-à-dire ce que chaque musicien veut entendre dans son enceinte de retour ;
  • ce que vous apportez vous-mêmes, amplis, pédales, boîtiers de direct, et ce que vous attendez du festival.

Envoyez-la dès que l’organisateur la demande, imprimez-en deux exemplaires pour le jour même et désignez un seul membre du groupe comme interlocuteur de l’ingénieur du son. Cinq musiciens qui réclament chacun « plus de moi dans le retour » grignotent le temps de balance de tout le monde.

Que se passe-t-il si une corde casse au deuxième morceau ?

La question paraît pessimiste, elle est surtout pratique. Une corde qui casse, une pile de pédale à plat, un câble qui grésille, une baguette qui s’échappe : sur scène, ces incidents arrivent toujours au pire moment. Le groupe qui a prévu la réponse perd trente secondes, celui qui ne l’a pas prévue perd le morceau.

Une petite boîte de secours suffit : un jeu de cordes, des piles ou une alimentation de rechange, deux câbles jack, une paire de baguettes, du ruban adhésif. Si une corde casse, décidez à l’avance de la suite : le morceau continue sans cette guitare, ou le groupe enchaîne sur un titre que le guitariste peut tenir avec cinq cordes le temps d’en changer. Quand une seconde guitare attend sur un stand, déjà accordée, l’incident passe presque inaperçu.

Qui parle au public, et pour dire quoi ?

Un tremplin se joue le plus souvent devant un jury, qui regarde aussi la manière dont le groupe occupe la scène entre les morceaux. Les silences gênés, les phrases improvisées qui s’éternisent, les blagues internes que personne ne comprend coûtent plus qu’on ne l’imagine.

Désignez une seule personne pour parler et préparez trois interventions courtes : le nom du groupe au début, une phrase sur un morceau au milieu, un remerciement et le nom du groupe à la fin. Rien de plus. Ce qui marque, c’est l’assurance, pas l’humour forcé.

Reste un détail que beaucoup de groupes négligent : filmez votre dernière répétition en conditions de concert, du début à la fin, et regardez-la ensemble. Vous verrez en dix minutes ce que des semaines de travail n’ont pas montré, du guitariste qui tourne le dos à la salle au morceau qui s’emballe à mi-parcours.